Le dopage sportif représente l’une des menaces les plus sérieuses pesant sur l’intégrité des compétitions athlétiques mondiales. Chaque année, des centaines de sportifs professionnels et amateurs sont sanctionnés pour avoir utilisé des substances ou des méthodes interdites visant à améliorer artificiellement leurs performances. La complexité croissante des protocoles de dopage et l’émergence constante de nouvelles molécules nécessitent une vigilance permanente de la part des athlètes, des médecins du sport et des fédérations. Comprendre précisément quelles substances sont prohibées, dans quelles circonstances et selon quelles modalités constitue une obligation réglementaire pour tout sportif souhaitant préserver sa carrière et sa réputation. Cette connaissance approfondie permet non seulement d’éviter les sanctions disciplinaires potentiellement dévastatrices, mais également de protéger votre santé contre les effets secondaires graves associés à l’usage de produits dopants.
La liste des interdictions de l’agence mondiale antidopage (AMA)
L’Agence Mondiale Antidopage, connue internationalement sous l’acronyme AMA ou WADA (World Anti-Doping Agency), constitue l’organisme de référence en matière de lutte contre le dopage dans le sport. Créée en 1999 à l’initiative du Comité International Olympique, cette institution basée à Montréal coordonne la politique antidopage mondiale et harmonise les règles applicables dans l’ensemble des disciplines sportives. Son rôle central consiste notamment à élaborer et publier annuellement la Liste des Interdictions, document normatif qui recense exhaustivement toutes les substances et méthodes prohibées.
Cette liste constitue un standard international obligatoire dans le cadre du Programme Mondial Antidopage, ce qui signifie que tous les sportifs soumis au Code Mondial Antidopage doivent impérativement s’y conformer. La portée juridique de ce document s’étend bien au-delà du simple cadre sportif, puisque dans plusieurs pays dont la France, cette liste est transposée en droit national par décret. Le décret n°2025-1226 du 15 décembre 2025 transpose ainsi en droit français la liste des substances et méthodes interdites pour l’année 2026, conférant une force légale aux interdictions énoncées.
Classification par catégories de substances dans le code mondial antidopage
La structure organisationnelle de la Liste des Interdictions repose sur une classification rigoureuse distinguant plusieurs catégories principales. Les substances interdites sont d’abord réparties selon leur période d’interdiction : certaines sont prohibées en permanence (tant en compétition qu’hors compétition), tandis que d’autres le sont uniquement pendant les périodes de compétition. Cette distinction temporelle revêt une importance capitale pour vous en tant qu’athlète, car elle détermine vos obligations de vigilance selon les phases de votre calendrier sportif.
Au sein de ces grandes catégories temporelles, la liste établit ensuite une classification pharmacologique détaillée. Les substances interdites en permanence comprennent notamment les agents anabolisants (catégorie S1), les hormones peptidiques et facteurs de croissance (S2), les bêta-2 agonistes (S3), les modulateurs hormonaux et métaboliques (S4), ainsi que les diurétiques et agents masquants (S5). Chacune de ces catégories regroupe des dizaines de molécules spécifiques, incluant leurs isomères optiques, métabolites et précurseurs chimiques.
Une classification supplémentaire distingue les substances spécifiées des substances non spécifiées. Cette distinction, introduite pour affiner les sanctions disciplinaires, reconnaît que certaines substances présentent
une probabilité plus élevée d’avoir été utilisées dans un but autre que l’amélioration directe de la performance. En pratique, cette catégorie de substances spécifiées permet aux instances disciplinaires de mieux apprécier le contexte d’un contrôle positif (dopage intentionnel, erreur de prescription, dopage accidentel via un complément alimentaire, etc.), sans jamais minimiser la gravité potentielle pour votre santé.
Mise à jour annuelle et processus de révision des interdictions
La Liste des Interdictions n’est pas figée : elle est révisée chaque année par un groupe d’experts de l’AMA (List Expert Group) composé de médecins, pharmacologues, chimistes et juristes issus de nombreux pays. Ce groupe analyse les données scientifiques les plus récentes, les tendances observées lors des contrôles antidopage, mais aussi l’évolution du marché pharmaceutique et des compléments alimentaires. Le but est de détecter à la fois les nouvelles molécules utilisées en dopage et les médicaments qui, à l’origine, ont été développés pour un usage thérapeutique légitime.
Pour qu’une substance figure sur la Liste des Interdictions, au moins deux des trois critères suivants doivent être remplis : potentiel d’amélioration de la performance sportive, risque réel ou potentiel pour la santé de l’athlète et contradiction avec l’esprit du sport. Une substance peut aussi être interdite si elle masque l’usage d’autres produits dopants. Avant chaque entrée en vigueur au 1er janvier, un projet de liste est soumis à consultation auprès des fédérations internationales, des agences antidopage nationales et d’autres parties prenantes, ce qui vous laisse, en tant que sportif ou encadrant, la possibilité d’anticiper les changements à venir.
Les modifications annuelles sont parfois très techniques (ajout de nouveaux exemples de molécules dans une même famille), mais elles peuvent aussi avoir un impact pratique immédiat sur votre traitement quotidien. On peut citer, par exemple, la précision des intervalles de dosage pour certains bêta-2 agonistes inhalés, l’assouplissement ou le renforcement de règles concernant les bêta-bloquants dans certaines disciplines, ou encore l’interdiction explicite de nouvelles méthodes comme l’utilisation non diagnostique du monoxyde de carbone. D’où l’importance de vérifier chaque année la nouvelle version de la liste, même si vous pensez bien connaître la réglementation antidopage.
Distinction entre substances interdites en compétition et hors compétition
La Liste des Interdictions opère une distinction fondamentale entre les substances prohibées en permanence (en et hors compétition) et celles interdites uniquement en compétition. Les catégories S0 à S5 et les méthodes M1 à M3 s’appliquent en continu : vous ne pouvez pas utiliser ces substances ni recourir à ces méthodes à aucun moment, même en période de repos ou de préparation lointaine. Cela concerne par exemple les stéroïdes anabolisants, l’EPO, les hormones de croissance, les bêta-2 agonistes (sauf exceptions inhalées), les modulateurs hormonaux et les agents masquants.
En revanche, les catégories S6 à S9 (stimulants, narcotiques, cannabinoïdes et glucocorticoïdes) ne sont interdites que pendant la période dite « En compétition ». Sauf disposition particulière propre à un sport, cette période débute à 23 h 59 la veille de l’épreuve à laquelle vous participez et se termine à la fin de la compétition et du processus de collecte des échantillons. Vous pouvez donc, sous conditions et parfois avec une Autorisation d’Usage à des fins Thérapeutiques (AUT), recevoir certains traitements en dehors de cette fenêtre, à condition de respecter les périodes de sevrage fixées pour que les concentrations urinaires soient redevenues compatibles avec la réglementation.
Il existe par ailleurs des substances dites spécifiques à certains sports, comme les bêta-bloquants (catégorie P1) interdits en compétition dans des disciplines de précision (tir, tir à l’arc, sports subaquatiques, golf, etc.), et parfois aussi hors compétition. Vous devez donc non seulement connaître la Liste des Interdictions de l’AMA, mais aussi vérifier les règlements antidopage de votre fédération internationale, qui peuvent imposer des interdictions supplémentaires. Ignorer ces particularités revient à jouer avec le feu, surtout dans un contexte où la responsabilité de l’athlète est strictement objective.
Méthodes interdites : dopage sanguin et manipulation pharmacologique
La Liste des Interdictions ne se limite pas aux substances ; elle encadre également des méthodes interdites regroupées sous les rubriques M1, M2 et M3. La catégorie M1 vise toutes les manipulations de sang ou de composants sanguins, comme la transfusion de sang autologue ou allogénique, les produits de globules rouges modifiés, ou encore les procédés destinés à augmenter artificiellement le transport d’oxygène. Les produits chimiques perfluorés, certains substituts sanguins à base d’hémoglobine ou le voxelotor en font partie. Seuls échappent à cette interdiction le don de sang effectué dans un centre agréé et les prélèvements réalisés à des fins d’analyse médicale ou de contrôle antidopage.
La catégorie M2 concerne la manipulation physique ou chimique des échantillons, par exemple l’ajout de substances dans l’urine pour fausser les résultats, la substitution d’échantillon ou encore les perfusions intraveineuses de plus de 100 mL sur 12 heures, sauf en contexte hospitalier ou de chirurgie. Ces pratiques sont considérées comme des atteintes majeures à l’intégrité du contrôle et exposent à des sanctions particulièrement lourdes. Enfin, M3 regroupe le dopage génétique et cellulaire, c’est-à-dire l’utilisation d’acides nucléiques (ADN ou ARN) ou de cellules modifiées pour altérer l’expression des gènes impliqués dans la performance (force, endurance, récupération).
Pour vous, athlète ou encadrant, il est essentiel de comprendre que ces méthodes interdites peuvent parfois se dissimuler derrière un vocabulaire pseudo-médical ou « high-tech » : thérapies cellulaires de confort, traitements régénératifs non justifiés médicalement, protocoles de « biohacking »… Dès lors qu’une procédure vise à modifier artificiellement vos capacités physiologiques à des fins sportives, la prudence maximale s’impose. En cas de doute, vous devez systématiquement consulter le médecin fédéral ou l’agence antidopage de votre pays avant d’accepter une telle intervention.
Stéroïdes anabolisants androgènes et agents anabolisants
Testostérone exogène et dérivés synthétiques : stanozolol, nandrolone, méthandiénone
Les stéroïdes anabolisants androgènes (SAA), regroupés dans la catégorie S1, figurent parmi les substances dopantes les plus connues et les plus surveillées. Il s’agit de molécules dérivées de la testostérone, l’hormone sexuelle masculine principale, utilisées pour augmenter la masse musculaire, la force et la capacité de récupération. On distingue la testostérone exogène (administrée sous forme de gel, injection ou comprimés) de ses nombreux dérivés synthétiques comme le stanozolol, la nandrolone ou la méthandiénone, qui ont été spécifiquement conçus pour amplifier l’effet anabolisant ou modifier la durée d’action.
Ces produits sont interdits en permanence, en compétition comme hors compétition, quelle que soit la dose. Leur usage expose à des risques graves : hypertrophie cardiaque, infarctus, troubles du rythme, atteintes hépatiques, troubles psychiatriques (agressivité, dépression), infertilité, perturbations durables de l’axe hormonal, sans oublier chez la femme des effets de masculinisation souvent irréversibles (pilosité, voix grave, troubles menstruels). D’un point de vue réglementaire, toute concentration anormale de SAA dans vos échantillons sera interprétée comme un contrôle positif, sauf justification médicale exceptionnelle couverte par une AUT, ce qui reste très rare.
Dans le cas de stéroïdes dits « endogènes » (naturellement présents dans votre organisme), les laboratoires utilisent des méthodes sophistiquées pour distinguer une production naturelle d’un apport exogène. C’est le cas pour la testostérone, mais aussi pour certaines formes de nandrolone. L’argument « mon corps l’a fabriqué tout seul » ne suffit donc pas : si les marqueurs isotopiques, les rapports de métabolites ou votre passeport biologique suggèrent une origine exogène, les instances disciplinaires considéreront qu’il s’agit de dopage, même en l’absence de symptôme clinique.
Modulateurs sélectifs des récepteurs androgéniques (SARMs) : ostarine et ligandrol
À côté des SAA classiques, la Liste des Interdictions inclut aussi les modulateurs sélectifs des récepteurs aux androgènes (SARMs), comme l’ostarine (enobosarm) ou le ligandrol (LGD-4033). Présentés parfois comme des « stéroïdes légers » ou des « anabolisants sans risque » sur certains forums ou dans des boutiques en ligne, ils sont en réalité des agents anabolisants à part entière, interdits en permanence. Leur mécanisme consiste à se lier de manière sélective aux récepteurs androgéniques dans les muscles et les os, pour stimuler la synthèse protéique et la densité osseuse.
Les SARMs ont été à l’origine développés pour traiter la fonte musculaire liée à certaines maladies chroniques, mais ils n’ont, pour la plupart, jamais obtenu d’autorisation de mise sur le marché pour une utilisation thérapeutique courante chez l’humain. Ils entrent donc également dans la catégorie S0 des substances non approuvées. Sur le plan de la santé, ils ne sont pas anodins : troubles hépatiques, modifications du profil lipidique, baisse de la testostérone endogène et effets potentiels sur la fertilité ont été décrits. Pour vous, athlète, consommer un complément alimentaire ou un « booster » contenant des SARMs revient à prendre un risque disciplinaire et médical majeur.
Il faut aussi savoir que de nombreux contrôles positifs « involontaires » aux SARMs sont liés à des compléments alimentaires contaminés. Des analyses indépendantes ont montré que certains produits soi-disant « naturels » contenaient en réalité de l’ostarine ou du ligandrol sans mention sur l’étiquette. Pour limiter ce risque de dopage accidentel, privilégiez les compléments certifiés selon des normes spécifiques anti-dopage (comme la norme européenne NF EN 17444) et évitez les produits vendus hors circuit pharmaceutique, notamment en ligne sur des sites peu transparents.
Agents anabolisants non stéroïdiens : clenbutérol et zéranol
Les agents anabolisants ne sont pas tous des stéroïdes. La catégorie S1.2 regroupe également des substances non stéroïdiennes à effet anabolisant, comme le clenbutérol, le zéranol, le zilpatérol ou la ractopamine. Le clenbutérol est à l’origine un bronchodilatateur utilisé en médecine vétérinaire et dans certains pays en traitement de l’asthme, mais il possède des propriétés anabolisantes et lipolytiques qui en ont fait un produit de dopage prisé dans certains sports de force et d’endurance. Le zéranol et le zilpatérol, quant à eux, sont employés comme promoteurs de croissance dans l’élevage animal dans quelques régions du monde.
Sur le plan de la santé, ces agents anabolisants non stéroïdiens peuvent provoquer des effets cardiovasculaires (tachycardie, hypertension, arythmies), des troubles métaboliques et des effets à long terme encore mal connus chez l’humain. Leur utilisation dans le cadre sportif est strictement interdite, en et hors compétition. Il existe toutefois des cas documentés de contamination alimentaire, par exemple après l’ingestion de viande provenant d’animaux traités illégalement au clenbutérol. Dans ce type de situation, la preuve de la contamination involontaire reste extrêmement difficile à apporter, d’où la nécessité pour vous de faire preuve de prudence lors de voyages dans des pays où la réglementation sanitaire est moins stricte.
Pour réduire ces risques, certaines organisations recommandent d’éviter, dans ces zones géographiques, la consommation de viandes à risque (foie, abats, viande de bœuf ou de porc provenant de sources non contrôlées) juste avant une compétition importante. Cette précaution peut sembler excessive, mais elle est parfois la seule manière de se prémunir contre un contrôle positif lié à un agent anabolisant non stéroïdien, alors même que vous n’avez jamais cherché à tricher.
Détection par spectrométrie de masse et rapport testostérone/épitestostérone
Les laboratoires accrédités par l’AMA disposent d’outils analytiques extrêmement puissants pour détecter les agents anabolisants, qu’ils soient stéroïdiens ou non. La spectrométrie de masse couplée à la chromatographie (en phase gazeuse ou liquide) permet d’identifier des traces de substances dopantes dans l’urine ou le sang à des concentrations infimes, parfois de l’ordre du nanogramme par millilitre. Des profils de métabolites caractéristiques sont recherchés, ce qui permet de remonter jusqu’à la molécule mère même lorsque celle-ci a été rapidement éliminée de l’organisme.
Pour la testostérone, un marqueur clé est le rapport testostérone/épitestostérone (T/E). En situation physiologique, ce rapport est généralement inférieur à 4:1. Lorsque le laboratoire détecte un rapport anormalement élevé, cela suggère un apport exogène de testostérone ou de ses précurseurs. Dans ce cas, des analyses complémentaires par spectrométrie de masse isotopique (IRMS) sont réalisées afin de déterminer si la testostérone en excès provient d’une source synthétique (signature isotopique différente de celle produite par le corps).
Vous vous demandez peut-être s’il est encore possible de « passer entre les mailles du filet » avec des micro-doses ou des cycles sophistiqués ? La réponse est de plus en plus clairement non. Entre la sensibilité croissante des méthodes analytiques, la surveillance à long terme via le Passeport Biologique de l’Athlète et le partage international des données, les chances de dissimuler durablement un usage d’agents anabolisants deviennent minimes. Et lorsqu’un résultat anormal est enregistré, même plusieurs années après la compétition, vos performances peuvent être annulées rétroactivement, avec à la clé la perte de titres, de médailles et de revenus.
Hormones peptidiques, facteurs de croissance et substances apparentées
Érythropoïétine (EPO) et agents stimulant l’érythropoïèse : darbépoétine et CERA
L’érythropoïétine (EPO) est une hormone produite naturellement par les reins et chargée de stimuler la production de globules rouges par la moelle osseuse. En dopage, l’EPO et ses dérivés (darbépoétine, CERA, EPO-Fc, péginesatide, etc.) sont utilisés pour augmenter la capacité de transport d’oxygène du sang et améliorer l’endurance. Une hématocrite élevée signifie que vos muscles reçoivent davantage d’oxygène pour un même effort, ce qui constitue un avantage décisif dans les sports d’endurance comme le cyclisme, le ski de fond, le triathlon ou la course de fond.
Ces substances appartiennent à la catégorie S2.1 et sont interdites à tout moment. Leur utilisation non médicale fait peser un risque sérieux sur votre santé : augmentation de la viscosité du sang, formation de caillots, phlébites, embolies, accidents vasculaires cérébraux, infarctus. Des décès d’athlètes dans les années 1990 et 2000 ont été attribués à un usage massif et incontrôlé d’EPO. Aujourd’hui, les méthodes de détection ont beaucoup progressé, avec des tests sanguins et urinaires capables d’identifier les différentes formes d’EPO recombinante et d’analyser les profils hématologiques dans le cadre du Passeport Biologique.
En complément de l’EPO, la Liste des Interdictions vise aussi les agents activant le facteur induit par l’hypoxie (HIF) comme le roxadustat, le molidustat ou le vadadustat, ainsi que certains inhibiteurs de la voie TGF-β ou des produits expérimentaux comme le cobalt ou le xénon. Ces molécules, parfois encore en phase de développement clinique, cherchent à « tromper » l’organisme en simulant un état d’hypoxie, ce qui déclenche une stimulation accrue de l’érythropoïèse. En tant qu’athlète, vous devez vous méfier de toute offre de « traitement innovant pour l’endurance » qui ne serait pas clairement approuvé pour un usage thérapeutique humain : dans la quasi-totalité des cas, il s’agit de dopage déguisé.
Hormone de croissance humaine (hGH) et facteurs de libération de l’hormone de croissance
L’hormone de croissance humaine (hGH) et ses analogues appartiennent également à la catégorie S2. Ces substances sont naturellement sécrétées par l’hypophyse et jouent un rôle clé dans la croissance, la régénération tissulaire et le métabolisme. Dans le contexte du dopage, l’hGH est utilisée pour favoriser la croissance musculaire, réduire la masse grasse et accélérer la récupération après l’entraînement ou une blessure. Des fragments de l’hormone comme l’AOD-9604 ou des analogues de nouvelle génération ont aussi fait leur apparition sur le marché noir.
Les facteurs de libération de l’hormone de croissance (GHRH, GHRPs, sécrétagogues comme l’ibutamoren/MK-677) sont eux aussi interdits en permanence. Ils agissent en stimulant l’hypophyse pour augmenter la production endogène d’hGH. Même si ces molécules sont parfois présentées comme « plus naturelles » puisqu’elles encouragent la production interne plutôt qu’un apport direct, leur effet sur la performance et leurs risques potentiels (troubles métaboliques, œdèmes, douleurs articulaires, augmentation possible du risque de certaines tumeurs) justifient pleinement leur présence sur la Liste des Interdictions.
La détection de l’hGH et de ses modulateurs est techniquement complexe, car la sécrétion hormonale est pulsatile et varie selon l’âge, le sexe et l’heure de la journée. Les laboratoires combinent donc plusieurs approches : dosage de différentes isoformes d’hormone de croissance, marqueurs indirects de l’activation du système (IGF-1, P-III-NP), analyses longitudinales via le Passeport Biologique. Pour vous, athlète, cela signifie qu’un cycle ponctuel d’hGH n’est pas sans trace : les modifications persistantes de vos marqueurs biologiques peuvent être détectées longtemps après la dernière injection.
Insuline et facteur de croissance analogue à l’insuline (IGF-1)
L’insuline, bien connue pour son rôle dans la régulation de la glycémie chez les personnes diabétiques, est également détournée à des fins de dopage. En association avec des apports élevés en glucides et en protéines, elle favorise le stockage du glucose dans les muscles et stimule la synthèse de facteurs de croissance comme l’IGF-1, ce qui peut contribuer au développement de la masse musculaire. L’IGF-1 (et ses analogues) lui-même, souvent cité dans les protocoles de dopage avancés, possède de puissants effets anabolisants.
Ces substances relèvent des catégories S2 (pour l’IGF-1) et S4.4 (pour l’insuline et ses mimétiques). Leur usage en dehors d’une indication médicale stricte expose à des risques immédiats, notamment des hypoglycémies sévères pouvant entraîner perte de connaissance, convulsions, voire coma. À plus long terme, un usage abusif pourrait perturber profondément votre métabolisme et votre sensibilité à l’insuline. C’est un peu comme jouer avec le thermostat central de votre organisme : en cherchant à gagner quelques pourcents de performance, vous risquez de dérégler durablement votre système énergétique.
Sur le plan réglementaire, seules les personnes atteintes de diabète ou de pathologies très spécifiques peuvent, dans des conditions strictes et avec une AUT en bonne et due forme, utiliser de l’insuline en compétition. Si vous n’êtes pas concerné par ces pathologies, toute présence d’insuline ou d’analogues non justifiée dans vos échantillons sera interprétée comme une violation des règles antidopage.
Gonadotrophines chorioniques (hCG) et hormone lutéinisante (LH)
Les gonadotrophines chorioniques (hCG) et l’hormone lutéinisante (LH) sont des hormones produites par le cerveau ou le placenta, qui stimulent l’activité des gonades (ovaires chez la femme, testicules chez l’homme). Dans le cadre du dopage masculin, ces hormones peuvent être utilisées pour relancer la production de testostérone après un cycle de stéroïdes anabolisants, ou pour stimuler directement les testicules. C’est pour cette raison qu’elles sont spécifiquement interdites chez les sportifs de sexe masculin, en et hors compétition.
Lorsqu’un laboratoire détecte des concentrations anormalement élevées d’hCG ou de LH chez un athlète masculin, la suspicion d’un usage dopant est forte, sauf circonstances médicales particulières (par exemple certaines tumeurs testiculaires pouvant produire de l’hCG). Chez la femme, l’interprétation est plus subtile, car ces hormones interviennent naturellement dans le cycle menstruel et la grossesse. Là encore, les experts s’appuient sur des valeurs de référence, le contexte clinique et le Passeport Biologique pour distinguer ce qui relève du physiologique et du dopant.
De manière générale, toutes les manipulations visant à « optimiser » votre production hormonale en dehors d’un cadre médical encadré doivent vous alerter. Une cure de hCG ou de LH proposée par un coach ou un préparateur sans formation médicale, parfois sous couvert de « rééquilibrage hormonal », est presque toujours synonyme de dopage. Et même si l’intention affichée est de « revenir à la normale » après un cycle de stéroïdes, la réglementation antidopage ne fait pas la différence : vous restez responsable de chaque substance détectée dans votre organisme.
Stimulants et substances spécifiées du système nerveux central
Amphétamines et méthamphétamines dans le sport de compétition
Les stimulants du système nerveux central, notamment les amphétamines et méthamphétamines, sont regroupés dans la catégorie S6. Ils agissent en augmentant la vigilance, en réduisant la sensation de fatigue et en améliorant temporairement la concentration. Dans un contexte de compétition, ces substances peuvent sembler attractives pour repousser vos limites, mais leur coût en termes de santé et de carrière est considérable. De nombreux médicaments à base d’amphétamines ne sont d’ailleurs plus commercialisés dans certains pays en raison de leurs effets indésirables graves.
Sur le plan réglementaire, tous les stimulants (y compris leurs isomères optiques) sont interdits en compétition, qu’ils figurent dans la liste des stimulants non spécifiés (S6.A) ou des stimulants spécifiés (S6.B). Les substances comme l’amphétamine, la méthamphétamine, la fénétylline ou la cocaïne sont considérées comme des stimulants non spécifiés, ce qui implique des sanctions potentiellement plus lourdes. En parallèle, des stimulants plus « discrets » mais néanmoins dopants, comme certains dérivés de la phénéthylamine, sont classés parmi les substances spécifiées, sans pour autant être tolérés.
Les risques sanitaires des amphétamines sont bien documentés : troubles cardiovasculaires (hypertension, arythmies, infarctus), dépendance, troubles psychiatriques (anxiété, dépression, comportements agressifs, psychoses), épuisement extrême après la phase d’excitation. À long terme, l’abus de ces produits peut détruire votre santé mentale et votre vie sociale. En d’autres termes, échanger quelques heures de vigilance dopée contre une dégradation durable de votre cerveau n’est pas un calcul gagnant, ni sur le plan humain ni sur le plan sportif.
Cocaïne, éphédrine et méthyléphédrine : seuils de concentration urinaire
Parmi les stimulants interdits, certaines substances sont soumises à des seuils de concentration urinaire, au-delà desquels un résultat d’analyse est considéré comme anormal. C’est le cas de l’éphédrine, de la méthyléphédrine, de la cathine et de la pseudoéphédrine, fréquemment utilisées comme décongestionnants dans des médicaments contre le rhume. Par exemple, l’éphédrine et la méthyléphédrine sont interdites lorsque leur concentration dans l’urine dépasse 10 microgrammes par millilitre, tandis que la pseudoéphédrine est prohibée au-delà de 150 microgrammes par millilitre.
La cocaïne, quant à elle, est classée à la fois comme stimulant non spécifié et comme substance d’abus. Sa présence en compétition dans vos échantillons urinaires entraîne quasi systématiquement des sanctions, même si vous prétendez à un usage « récréatif » sans intention de dopage. Pour l’AMA, l’abus de cocaïne dans la société justifie un traitement particulier, avec la possibilité de sanctions réduites si l’usage a eu lieu hors compétition et sans visée de performance, mais cela suppose une démonstration convaincante de votre part et un suivi spécifique.
Pour éviter les mauvaises surprises, vous devez informer votre médecin de votre statut de sportif soumis au Code Mondial Antidopage avant toute prescription de médicament contenant des stimulants. Et lorsque vous achetez des produits en automédication (contre le rhume, la toux ou la fatigue), prenez le temps de lire attentivement la composition et, si possible, vérifiez le statut antidopage via une base de données dédiée ou le moteur de recherche de votre agence nationale antidopage. Un simple sirop ou comprimé « coup de fouet » pris la veille d’une compétition peut suffire à faire basculer votre carrière.
Modafinil et méthylphénidate comme substances psychostimulantes
Le modafinil et le méthylphénidate sont deux exemples de psychostimulants prescrits pour des troubles spécifiques : narcolepsie, troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), certains troubles de la vigilance. Ils améliorent la concentration, réduisent la somnolence et peuvent prolonger la capacité de travail mental, ce qui explique leur popularité dans certains milieux professionnels et universitaires. Dans le sport, ils ont été détournés comme moyens de retarder la fatigue, d’augmenter la vigilance tactique ou de mieux supporter les décalages horaires et les longues compétitions.
Ces deux substances sont interdites en compétition au titre de la catégorie S6. Les athlètes diagnostiqués avec un TDAH ou une narcolepsie peuvent, dans certains cas, bénéficier d’une Autorisation d’Usage à des fins Thérapeutiques (AUT) dûment documentée. Sans cette autorisation, la présence de modafinil ou de méthylphénidate dans vos échantillons urinaires sera considérée comme un contrôle positif, même si vous disposez d’une ordonnance. Vous ne pouvez donc pas vous contenter de la seule prescription médicale : le cadre antidopage impose une démarche spécifique.
D’un point de vue pratique, cela signifie que si vous êtes suivi pour un trouble de la vigilance ou de l’attention, vous devez anticiper très tôt votre demande d’AUT auprès de votre fédération internationale ou de votre organisation antidopage nationale. Les dossiers sont examinés au cas par cas, avec des critères précis de diagnostic, de gravité des symptômes et d’absence d’alternative thérapeutique compatible avec la Liste des Interdictions. Ne pas anticiper, c’est prendre le risque de vous retrouver face à un contrôle positif pour une substance que vous pensiez utiliser légalement.
Programme de surveillance et substances en observation par l’AMA
En plus de la Liste des Interdictions, l’AMA publie chaque année un Programme de surveillance qui recense certaines substances non interdites mais placées sous observation. Il s’agit par exemple de la caféine, de la nicotine, du bupropion, de la phényléphrine, de la phénylpropanolamine, du pipradrol ou de la synéphrine. Ces molécules ne sont pas considérées comme des substances dopantes au sens strict, mais leur usage est suivi pour analyser les tendances de consommation et évaluer, le cas échéant, la nécessité de futures restrictions.
Pour vous, cela signifie que vous pouvez utiliser ces substances dans le cadre des doses thérapeutiques ou usuelles, mais avec une certaine prudence. Une consommation très élevée de caféine, par exemple, peut avoir des effets indésirables importants (troubles du sommeil, troubles cardiaques, anxiété) même si elle n’est plus interdite comme par le passé. De même, certains compléments destinés à « brûler les graisses » contiennent de la synéphrine ou d’autres agents surveillés qui, sans être interdits, peuvent attirer l’attention des autorités en cas de consommation massive.
Le Programme de surveillance fonctionne un peu comme un radar avancé : il permet aux experts de repérer les nouvelles tendances de dopage potentiel avant même qu’elles ne deviennent un problème majeur. Si l’AMA observe une augmentation massive de l’usage d’une substance « borderline » susceptible d’améliorer la performance, cette dernière pourrait à terme rejoindre la Liste des Interdictions. D’où l’intérêt de suivre non seulement la liste officielle mais aussi les documents annexes mis à disposition par l’AMA et les agences nationales.
Cannabinoïdes, glucocorticoïdes et bêta-2 agonistes
Tétrahydrocannabinol (THC) et cannabidiol (CBD) : réglementation différenciée
Les cannabinoïdes constituent une catégorie à part (S8) dans la Liste des Interdictions. Tous les cannabinoïdes naturels ou synthétiques sont interdits en compétition, à l’exception notable du cannabidiol (CBD). Cela inclut le tétrahydrocannabinol (THC) présent dans le cannabis, le haschisch, la marijuana et de nombreux produits dérivés, ainsi que les cannabinoïdes synthétiques qui imitent les effets du THC. Le THC est également classé comme substance d’abus, en raison de sa consommation fréquente en dehors du contexte sportif.
Le CBD, en revanche, n’est pas interdit. Il est parfois utilisé par les athlètes pour ses effets supposés sur le sommeil, l’anxiété ou la récupération. Mais la frontière n’est pas si simple dans la pratique : la plupart des produits à base de CBD peuvent contenir des traces de THC, en particulier s’ils ne sont pas issus d’un circuit de fabrication et d’analyse rigoureusement contrôlé. Une huile ou une gélule mal purifiée peut ainsi conduire à une concentration de THC suffisante pour entraîner un contrôle positif en compétition, même si vous n’avez jamais consommé de cannabis au sens classique.
Si vous envisagez d’utiliser du CBD, vous devez donc privilégier des produits certifiés, accompagnés d’analyses de laboratoire détaillant la teneur exacte en THC (idéalement non détectable). En cas de contrôle positif au THC, l’argument du « CBD contaminé » sera difficile à faire valoir sans preuves solides. Là encore, la responsabilité de l’athlète reste objective : c’est à vous de démontrer que vous avez pris toutes les précautions raisonnables pour éviter la présence d’une substance interdite dans votre organisme.
Corticostéroïdes : voies d’administration autorisées et déclarations d’usage
Les glucocorticoïdes (ou corticoïdes) appartiennent à la catégorie S9 et sont interdits en compétition lorsqu’ils sont administrés par voie orale (y compris oromuqueuse, buccale, sublinguale, gingivale), rectale ou injectable (intraveineuse, intramusculaire, intra-articulaire, périarticulaire, intratendineuse, etc.). Ces médicaments sont pourtant très utilisés en médecine pour traiter des inflammations, des douleurs, des allergies ou des crises d’asthme. La réglementation cherche donc un équilibre entre la protection de la santé des athlètes et la prévention de l’abus de corticoïdes à des fins de performance.
D’autres voies d’administration ne sont pas interdites en compétition lorsqu’elles respectent les doses et indications thérapeutiques : inhalation pour l’asthme, application cutanée (crèmes, pommades), intranasale (sprays), ophtalmique, otique, dentaire-intracanale ou périanale. Toutefois, même dans ces cas, une accumulation ou un mésusage pourrait, en théorie, conduire à des concentrations urinaires problématiques. C’est pourquoi l’AMA a publié un document d’orientation spécifique sur les glucocorticoïdes et les Autorisations d’Usage à des fins Thérapeutiques (AUT), accompagné de tableaux de périodes de sevrage à respecter avant l’entrée dans la période de compétition.
Par exemple, une prise orale de prednisolone nécessite généralement un sevrage d’au moins 3 jours avant le début de la période « En compétition », tandis qu’une injection intramusculaire de triamcinolone acétonide peut imposer un délai de 60 jours. Vous voyez à quel point la planification est cruciale : une infiltration réalisée trop proche d’un championnat majeur peut se traduire par un contrôle positif, même si la démarche était purement thérapeutique. Pour éviter ce scénario, discutez systématiquement avec votre médecin du calendrier de vos compétitions avant d’accepter un traitement corticoïde par voie interdite en compétition.
Salbutamol, formotérol et salmétérol : seuils thérapeutiques pour l’asthme
Les bêta-2 agonistes (catégorie S3) sont des bronchodilatateurs utilisés dans le traitement de l’asthme et de certaines bronchopathies. Tous les bêta-2 agonistes sont interdits, sauf quelques exceptions cruciales pour les athlètes asthmatiques : le salbutamol, le formotérol, le salmétérol et le vilantérol peuvent être utilisés par inhalation dans des limites précises. Connaissez-vous exactement ces seuils si vous ou un coéquipier êtes concerné par l’asthme d’effort ?
Les règles actuelles autorisent, sous forme inhalée : jusqu’à 1600 microgrammes de salbutamol par 24 heures (sans dépasser 600 microgrammes sur 8 heures), une dose délivrée maximale de 54 microgrammes de formotérol par 24 heures (sans dépasser 36 microgrammes sur 12 heures) et une dose maximale de 200 microgrammes de salmétérol par 24 heures, avec des intervalles désormais précisés entre les prises (par exemple attendre 8 heures entre deux doses de 100 microgrammes). Le vilantérol est autorisé jusqu’à 25 microgrammes par 24 heures. En cas de dépassement de ces seuils, ou si les concentrations urinaires sont supérieures à 1000 ng/mL pour le salbutamol ou 40 ng/mL pour le formotérol, le résultat est considéré comme anormal, sauf si vous prouvez par une étude pharmacocinétique contrôlée qu’il résulte d’un usage thérapeutique conforme.
En pratique, la meilleure stratégie pour un athlète asthmatique consiste à : travailler main dans la main avec un pneumologue ou un médecin du sport, utiliser des dispositifs d’inhalation correctement maîtrisés, conserver une trace écrite des prescriptions et, si nécessaire, déposer une demande d’AUT pour sécuriser la situation. Une mauvaise technique d’inhalation, des doses mal réparties ou l’usage inapproprié de nébuliseurs peuvent facilement vous faire franchir la ligne rouge sans même vous en rendre compte.
Autorisations d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) et contrôles antidopage
Procédure de demande d’AUT auprès des fédérations internationales
Les Autorisations d’Usage à des fins Thérapeutiques (AUT) constituent un dispositif clé pour concilier traitement médical et respect de la lutte antidopage. Une AUT vous permet, sous conditions strictes, d’utiliser ou de recevoir une substance ou une méthode figurant sur la Liste des Interdictions, lorsque cela est médicalement indispensable et qu’il n’existe pas d’alternative raisonnable. Attention toutefois : une AUT ne se demande pas a posteriori pour « régulariser » un contrôle positif ; elle doit être obtenue avant l’utilisation du traitement interdit, sauf urgence médicale avérée.
La procédure de demande d’AUT varie légèrement selon que vous relevez d’une fédération internationale, d’une organisation nationale antidopage ou d’un niveau de compétition particulier (athlète de niveau international, national, ou autre). En règle générale, vous devez déposer un dossier complet comprenant : le diagnostic détaillé, l’historique de la maladie, les examens complémentaires (imagerie, analyses biologiques, tests fonctionnels), la justification du choix de la substance interdite, la posologie et la durée prévue du traitement, ainsi que la preuve qu’aucune alternative compatible avec la Liste des Interdictions ne permettrait de traiter efficacement votre pathologie.
Un comité d’experts médicaux indépendants examine ensuite votre dossier, à la lumière des critères de l’AMA : nécessité médicale, absence de gain de performance au-delà du retour à la normale, et absence de solution thérapeutique alternative. La décision peut être favorable (AUT accordée pour une durée déterminée, avec des conditions précises) ou défavorable. Dans certains cas, des AUT rétroactives peuvent être envisagées, notamment en situation d’urgence vitale, mais elles restent l’exception. C’est pourquoi vous devez anticiper au maximum et informer sans délai vos médecins de votre statut d’athlète soumis au Code Mondial Antidopage.
Système ADAMS et gestion des localisations pour les sportifs du groupe cible
Le système ADAMS (Anti-Doping Administration and Management System) est la plateforme en ligne développée par l’AMA pour centraliser les informations liées à la lutte antidopage : résultats de contrôles, AUT, données de localisation des athlètes, passeports biologiques, etc. Si vous faites partie d’un groupe cible d’athlètes (Registered Testing Pool) identifié par votre fédération internationale ou votre organisation nationale antidopage, vous êtes tenu de renseigner régulièrement vos informations de localisation (whereabouts) dans ADAMS : adresse de résidence, lieux d’entraînement, compétitions prévues et créneau quotidien de 60 minutes durant lequel vous êtes disponible pour un contrôle inopiné.
Ce dispositif peut sembler contraignant, mais il constitue l’un des piliers de la lutte contre le dopage hors compétition. Sans informations de localisation fiables, il serait facile pour un athlète d’organiser des cycles de dopage pendant les périodes creuses, loin des projecteurs, puis de revenir « propre » juste à temps pour les grandes compétitions. Avec ADAMS, les contrôles peuvent intervenir à tout moment, y compris au petit matin, pendant un stage ou lors d’un déplacement. Trois manquements (no-shows ou informations inexactes) dans une période définie peuvent d’ailleurs être assimilés à une violation des règles antidopage.
Pour gérer vos whereabouts de manière sereine, vous pouvez utiliser les applications mobiles mises à disposition par l’AMA ou votre organisation antidopage, programmer des rappels pour mettre à jour vos données et coordonner votre calendrier avec votre staff (entraîneur, médecin, manager). Une bonne analogie consiste à voir ADAMS comme votre « carnet de route officiel » : plus il est précis et à jour, moins vous risquez de mauvaises surprises et plus vous contribuez, par votre transparence, à la crédibilité du sport propre.
Laboratoires accrédités WADA et chaîne de custody des échantillons biologiques
Les analyses de contrôle antidopage sont réalisées exclusivement dans des laboratoires accrédités par l’AMA, soumis à des normes de qualité très strictes (ISO/IEC 17025, audits réguliers, tests de compétence). Chaque laboratoire doit démontrer sa capacité à détecter un large éventail de substances et méthodes interdites, à maintenir la confidentialité des résultats et à garantir l’intégrité des échantillons. Cette intégrité repose sur ce que l’on appelle la chaîne de custody (ou chaîne de traçabilité), qui documente chaque étape depuis le prélèvement jusqu’à l’analyse.
Lors d’un contrôle, vos échantillons (urine, sang, parfois autres matrices) sont collectés selon un protocole standardisé : choix du kit scellé, répartition entre flacons A et B, enregistrement des codes anonymes, vérification par le sportif, etc. Les flacons sont ensuite transportés vers le laboratoire selon des procédures sécurisées, avec des documents de transport précisant l’heure, le lieu, la température et les personnes responsables. À chaque étape, le but est de pouvoir démontrer, en cas de contestation, que l’échantillon analysé correspond bien à celui prélevé, qu’il n’a pas été ouvert ni altéré et que toutes les conditions de conservation ont été respectées.
En laboratoire, les analyses sont réalisées en aveugle (sans mention de votre identité) et suivent des méthodes validées par l’AMA. Si un résultat d’analyse anormal (RAA) est détecté sur l’échantillon A, vous avez le droit de demander l’analyse du flacon B en votre présence ou celle d’un représentant. Ce double niveau de vérification, associé aux normes élevées des laboratoires, vise à vous protéger contre les erreurs tout en assurant l’efficacité de la lutte antidopage. En comprenant ce fonctionnement, vous pouvez aborder les contrôles avec plus de sérénité, en sachant que vos droits comme vos devoirs sont encadrés par des règles internationales harmonisées.